Helena Hadjur raconte son expérience de Jeune Déléguée Climat au sein des Nations Unies

Helena Hadjur – Etudiante Programme Grande Ecole TBS

Vous êtes-vous toujours sentie concernée par les questions climatiques ?

Je me suis toujours sentie concernée par les enjeux climatiques, mais je peux dire que j’ai réellement eu un déclic en première année d’école de commerce à TBS. J’ai lu « Comment tout peut s’effondrer » de Pablo Servigne et Raphael Stevens qui explique que la civilisation industrielle telle que nous la connaissons aujourd’hui, bâtie sur les énergies fossiles est appelée à s’éteindre. Suite à la lecture de ce livre qui a été un électrochoc, j’ai continué à m’informer sur les enjeux énergétiques et climatiques, par des lectures personnelles, conférences et grâce au MOOC d’Avenir Climatique

Après cette lecture, je dois dire que j’ai vécu une courte période assez angoissante où je me posais beaucoup de questions sur l’avenir de notre société, notre survie et les inégalités climatiques auxquelles les populations font face en fonction de leur pays d’origine. Ce sont les pays les moins responsables du changement climatique qui sont le plus affectés.

A ce moment-là, je ressentais le besoin de partager le constat que j’avais fait après avoir lu ce livre dont je ne recommanderais pas la lecture à tout le monde ! Cependant, je n’avais pas les mots pour en parler autour de moi, et n’avais pas encore rencontré les bonnes personnes avec qui partager, donc j’avais parfois l’impression de vivre en décalage par rapport aux autres étudiants en école de commerce.

Comment êtes-vous arrivée aux Nations Unies ?

Comme je le disais plus haut, c’est suite à cette envie de partager le constat de la situation d’urgence climatique dans laquelle nous nous trouvons, que j’ai eu envie de me former pour sensibiliser un maximum de personnes autour de moi. C’est lors de cette période que je suis tombée sur une offre de candidature sur Facebook réalisée par l’association des Jeunes Ambassadeurs pour le Climat pour devenir Jeune Déléguée Climat au sein des Nations Unies.

Il y a deux JD en France qui participent pour un mandat de deux ans aux COPs (négociations internationales pour le climat) et aux intercessions climatiques au côté de la délégation interministérielle française.

Nous avons un rôle de support pour la délégation dans le sens où nous pouvons être appelés à tout moment par celle-ci pendant les COPs afin de couvrir des événements parallèles auxquelles elle ne pourrait pas se rendre. Cependant nous n’avons pas de pouvoir de négociation en tant que tel, nous sommes des yeux et des oreilles dans les négociations. Nous pouvons assister à toutes les sessions de négociations grâce à notre accréditation, et nous avons également la chance d’avoir accès à la réunion quotidienne des délégués français ainsi qu’à la boucle de messagerie cryptée sur laquelle toutes les informations relatives aux négociations circulent. En ce sens nous avons un devoir de réserve et de neutralité en tant que JD.

La phase de sélection pour devenir JD s’est déroulée en trois temps : CV et lettre de motivation dans un premier temps, entretien par skype dans un second temps puis une phase finale d’entretiens au Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire (MTES) à Paris devant un jury d’une dizaine de personnes dont deux membres de la délégation française envoyée aux COPs.

C’est une réelle chance d’être Jeune Déléguée Climat : nous bénéficions d’une relation privilégiée et de confiance avec la délégation française. Lors des COPs nous logeons avec eux donc nous pouvons échanger de manière informelle pour mieux comprendre les négociations, en revanche ils ne peuvent pas exprimer leur avis personnel !

Après les COPs, notre objectif avec l’association des Jeunes Ambassadeurs pour le climat est de partager nos connaissances et notre expérience des négociations. Ainsi nous organisons des conférences dans les lycées et établissements du supérieur en France. Pour ma part, j’ai animé plusieurs conférences en collège à Toulouse et à TBS suite à ma première session d’intercessions climatique à Bonn (Allemagne) en juin 2019.

Mon objectif en conférence est de faire le point sur la situation actuelle du changement climatique, de discuter de l’intérêt des COPs ainsi que mon ressenti vis-à-vis de celles-ci, puis d’aborder des actions concrètes que nous pouvons tous implémenter au quotidien afin de réduire notre impact sur le réchauffement climatique (réduire l’avion, opter pour un régime alimentaire avec moins de viande et poisson, ré-utiliser, réparer et recycler, etc).

Qu’est-ce que TBS vous a apporté dans vos engagements liés au climat ?

Les personnes que j’ai rencontrées à TBS m’ont influencée et inspirée dans mes aspirations personnelles et professionnelles liées au climat. Que ce soit la doyenne du corps professoral, Marie Boitier, certains enseignants-chercheurs (Luc Rouge, Mathieu Alemany Olivier), des alumni qui travaillent dans le domaine de l’environnement, ou des étudiants du Bureau du Développement Durable, B3D de TBS, ces personnes ont eu une influence très positive sur moi.

Depuis septembre 2019, j’ai l’impression d’une prise de conscience généralisée au sein de l’école et d’une réelle ambition de la part du corps professoral de renforcer l’offre de formation en lien avec l’environnement et le changement climatique. Cela me rend très optimiste.

L’annonce du lancement du Certificat d’Excellence Action Climat en septembre en 2020 en est la preuve. Je suis fière que TBS s’engage en matière de formation sur le changement climatique. J’espère que l’école continuera sur cette lancée en ouvrant un Master Spécialisé en environnement à l’avenir.

Par ailleurs, je dois dire que TBS m’a été d’un grand soutien dans mon rôle en tant que JD Climat. Le corps professoral a été très à l’écoute et a su aménager ma scolarité suite à mon absence à TBS pour la COP25 qui se tenait à Madrid du 13 au 29 décembre.

D’après vous, dans quelle mesure les écoles comme TBS ont-elles un rôle à jouer sur la sensibilisation des étudiants aux enjeux climatiques ?

Selon moi les écoles de commerces, mais également tous les autres établissements du supérieur se doivent d’informer les étudiants et de leur donner les clés pour faire face aux impacts du changement climatique, et l’atténuer. C’est aujourd’hui que nous devons agir, donc il faut que nos générations soient formées pour.

Peu importe le secteur d’études, les impacts environnementaux et climatiques devraient être enseignés dans le supérieur et ce de façon transversale. Nous pouvons étudier les liens environnementaux avec énormément d’autres enjeux : économiques, légaux, scientifiques, littéraires, géopolitiques… Ainsi le développement durable n’a pas forcément besoin d’être enseigné en matière en tant que tel mais devrait être couvert dans tous les cours.

Par ailleurs, il me semble que les écoles de commerces ont un rôle clé à jouer car elles forment des étudiants qui vont travailler pour la majorité dans le secteur privé. Or les entreprises sont au cœur des problématiques de transition du modèle actuel de nos sociétés. De la conception d’un bien, au choix des matières premières, des fournisseurs, jusqu’à la production, les entreprises peuvent diminuer leur impact environnemental. Elles ont également un rôle à jouer dans l’éducation du consommateur et son mode de consommation.

Un conseil à donner à nos étudiants ?

Informez-vous des enjeux climatiques, environnementaux et énergétiques actuelles puis passez à l’action à votre échelle, que ce soit par vos habitudes du quotidien, votre choix de carrière ou en sensibilisant autour de vous. Personne n’est irréprochable et le but n’est pas d’avoir une attitude parfaite vis-à-vis du changement climatique ou un discours moralisateur, souvent culpabilisant.

Je suis convaincue que chacun à son rythme peut choisir de modifier ses habitudes progressivement et ainsi influencer d’autres personnes autour de lui à agir de la même sorte. On parle parfois de « sobriété heureuse » pour décrire un mode de vie plus respectueux de l’environnement qui, non loin d’abaisser notre niveau de vie, se concentre sur l’essentiel dont nous avons besoin pour être épanoui : être bien entouré, passer de bons en moment avec ses proches, pouvoir manger de tout, avoir un travail qui fasse sens.

Le but n’est absolument pas de tomber dans une sorte d’angoisse vis-à-vis du changement climatique, c’est pourquoi après le constat, il faut agir ! Je me sens beaucoup plus apaisée cette année grâce à mon engament en tant que Jeune Déléguée. Pouvoir sensibiliser d’autres jeunes et étudiants autour de moi fait réellement sens et m’a aidé à prendre du recul sur mon le changement climatique.